Recherche-action COBIODIV : accompagner l’engagement des communautés éducatives sur les enjeux de biodiversité au sein des cours d’école végétalisées

Entre juillet 2025 et juillet 2026, Astérya a participé à la recherche-action COBIODIV, en collaboration avec le CNRS et la Ville de Paris. De nombreuses villes ont mis en place une politique de transformation des cours d’école afin de créer des “îlots de fraîcheur” de proximité, de compenser le manque d'espaces verts dans la ville et d’améliorer la qualité des lieux fréquentés par les enfants. À Paris, ce dispositif d’aménagement des cours d’école porte le nom de “cour Oasis”. Étant donné que nos relations au vivant et l’engagement pour la nature sont majoritairement forgés pendant l’enfance, végétaliser les écoles et utiliser la cour comme un support de pratiques pédagogiques tournées vers la biodiversité contribueraient à former des citoyens de demain attentif·ves à leur environnement.
Notre équipe s’est intéressé aux dynamiques d’engagement des communautés scolaires sur le sujet de la biodiversité dans les cours d’école Oasis et végétalisées. Nous souhaitions comprendre comment et à quelles conditions ces espaces de proximité peuvent fonctionner comme des moteurs de l’engagement citoyen pour les professionnel·les de l’éducation, du périscolaire et pour les enfants. Ces cours sont-elles appropriées par les équipes éducatives ? Comment deviennent-elles des supports pédagogiques pour une éducation à l’environnement et par l’environnement ?
Pour répondre à ces questions, l’équipe de recherche-action a travaillé sur trois écoles élémentaires parisiennes, toutes dotées de cours végétalisées mais aux contextes socio-démographiques et culturels divers : deux écoles de quartiers populaires dans les 18ème et 13ème arrondissements, et une école du 5ème arrondissement.
Une méthode de recherche-action empirique pour engager les acteur·ices de terrain
La recherche-action a commencé par l’identification des besoins de chaque communauté éducative (direction, équipes enseignante et périscolaire, agent·es, parents) lors d’entretiens exploratoires pour construire avec elles des expérimentations d’actions en lien avec la cour végétalisée. L’expérimentation a constitué un moyen d’engager les acteur·rices de terrain en leur proposant une entrée par l’action et un accompagnement de proximité facilitant la réalisation des envies et initiatives. L’équipe de recherche-action ne s’est donc pas substituée à l’équipe éducative dans la définition des projets. Elle a plutôt contribué à rendre possibles les initiatives exprimées. Au total, sept expérimentations ont été accompagnées par notre équipe : ateliers de construction d’une barrière délimitant un jardin et de jardinage en pleine terre, atelier de découverte sensible de la cours et d’inventaire des espèces (oiseaux et insectes), organisation de rencontres avec un jardin partagé et une équipe de développement local, identification des interlocuteurs institutionnels pour la maintenance d’une cour. Il s’agissait enfin de documenter et d’analyser ce qu’il se passait au cours de la mise en œuvre des actions accompagnées.
Des exemples d’expérimentations menées par l’équipe de recherche en fonction des besoins propres aux équipes éducatives
Faciliter la collaboration entre acteurs pour assurer la maintenance des cours
L'école Charles Hermite (18ème) dispose d'une cour où des dysfonctionnements ont été observés (système d'arrosage automatique hors service, grillages entourant les espaces végétalisés détériorés, terre argileuse limitant les plantations, présence de nuisibles). Une première étape a consisté à identifier les interlocuteur·rices compétent·es au sein des différents services de la Ville. L’équipe s’est appuyé sur une documentation dense produite par la Direction des Affaires Scolaires (DASCO), recensant les différents services responsables de l’entretien des composantes des cours Oasis. Nous avons sélectionné les contacts correspondant aux problématiques spécifiques signalées par le directeur de l’école. En rendant les modalités de prise de contact plus lisibles, nous avons facilité les échanges entre l’établissement et les services municipaux et contribué à répondre au besoin exprimé de pouvoir identifier des interlocuteur·rices attentif·ves aux difficultés concrètes rencontrées au quotidien dans la cour.
Lever les freins matériels à la réalisation des initiatives de végétalisation

Dans la même école, l’équipe de recherche a identifié des volontés de végétalisation parmi l’équipe enseignante. Jusqu'à présent, une enseignante réalisait des plantations de semis avec ses élèves dans des bacs, faute de disposer d'un espace de pleine terre adapté, malgré la cour Oasis. Afin de répondre à ce besoin, nous avons proposé de réhabiliter une bande de terre de la cour, jusque-là peu exploitée en raison de l'absence de protection et de la nature très argileuse du sol. En mathématiques, les élèves ont mesuré la longueur et la hauteur souhaitées pour les futures barrières afin que l’équipe de recherche puisse acheter le matériel nécessaire. Après l'achat et la livraison de celui-ci, l'équipe de recherche et les élèves ont construit une bordure en bois destinée à délimiter et protéger la future parcelle de potager. Cette activité a permis aux enfants de s'initier à différentes techniques de bricolage. Iels ont ensuite préparé le terrain en retournant la terre et en y incorporant du terreau. Lors d'une seconde séance, les élèves ont procédé à la plantation de différentes espèces végétales récupérées auprès d’une autre école par l'intermédiaire de l'équipe de recherche.
Révéler le potentiel pédagogique de la cour végétalisée aux équipes

À l’école de l’Arbalète (5ème), l’équipe éducative peinait à identifier les manières de s’engager avec les enfants dans l’espace de la cour Oasis. L’équipe de recherche a donc proposé un atelier de découverte sensible de la cour, mené avec une classe de CE1. Dans un premier temps, les élèves ont été invité·es à représenter leur cour par le dessin et à nommer les éléments représentés. Iels sont ensuite descendu·es dans la cour afin de l’explorer par leurs sens. À l’issue de cette exploration, les enfants ont réalisé un second dessin qui faisait apparaître une diversité plus importante d’éléments vivants n'ayant pas été représentés dans le premier dessin. L’exercice a provoqué une évolution dans la précision du vocabulaire mobilisé, faisant passer les enfants de dénominations génériques à une identification spécifique des espèces d’arbres, d’insectes et d'oiseaux. Enfin, iels ont été invité·es à distinguer les êtres vivants selon leur appartenance au règne animal ou végétal. L’atelier a constitué une occasion de développer un vocabulaire nouveau, et d’introduire des notions relevant des sciences du vivant. La cour végétalisée apparaît donc non plus seulement comme un espace aménagé, mais comme un support pédagogique permettant de donner une dimension concrète à certains apprentissages.
Mettre en réseau pour créer des dynamiques territoriales hors de l’école

À l’école de la Porte d’Ivry (13ème), qui dispose d’un espace végétalisé non labellisé Oasis nommé La Petite Fabrique, l’équipe enseignante exprimait sa volonté de poursuivre les activités menées dans ce jardin tout en soulignant leur besoin de disposer de davantage d’espaces pour développer des actions d’agriculture urbaine avec les élèves. L’équipe de recherche identifie alors le futur jardin du quartier de la Villa d’Este comme pouvant accueillir une parcelle dédiée aux activités éducatives de l’école dans le cadre du dispositif « Apprendre dehors ». Situé dans le quartier de résidence d’une partie des élèves, ce jardin pourrait constituer une ressource de proximité particulièrement intéressante. Cette demande rejoint par ailleurs les besoins identifiés par le REV (Responsable Éducatif Ville, référent de l’équipe périscolaire) qui souhaite disposer d’espaces suffisamment vastes pour organiser des grands jeux dans le cadre des activités périscolaires. L’équipe de recherche a ainsi organisé une rencontre réunissant les enseignant·es, le REV et l’équipe de développement local (EDL) de la mairie d’arrondissement afin d’explorer les usages qui pourraient être envisagés en ce sens. L’EDL s’est engagée à transmettre cette demande aux concepteur·rices du futur aménagement afin d’étudier la possibilité d’intégrer des espaces de jardinage dédiés aux enfants.
Résultats et conclusion
Cette recherche-action a permis de tirer plusieurs enseignements sur les conditions propices à l’engagement des communautés éducatives en lien avec les cours végétalisées. La maintenance de la cour végétalisée gagne à être facilitée en lien avec les services adéquats, sur une temporalité à la fois quotidienne, saisonnière et intergénérationnelle pour devenir un vrai levier d’engagement des équipes. Un certain nombre de freins matériels peuvent être levés pour favoriser la réalisation d’initiatives au sein de la cour (débloquer de petits budgets pour des micro-aménagements et l’achat de petit matériel d’entretien). Il existe aussi un réel besoin de la part des équipes éducatives de bénéficier d’un accompagnement ancré dans la réalité de leurs terrains : écoute des besoins et diagnostics situés, accompagnement à la conduite de projets collectifs et à l’utilisation de ressources pédagogiques directement mobilisables, mise en réseau avec les acteurs associatifs et les aménagements urbains locaux pour permettre un développement des projets engagés à l’échelle du territoire.
Ce qui fait d’une cour végétalisée une cour “réussie” en terme d’engagement tient à la prise en compte des réalités de terrain, la collaboration étroite entre les acteur·ices du territoire et un appui des communautés éducatives à l’appropriation autonome de leur cour grâce à un accompagnement placé sous le signe du “faire avec”.




